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31 juillet 2026
La rivière Dumoine est souvent décrite comme l’une des dernières grandes rivières sauvages du Québec. Avec ses rapides nombreux, ses falaises imposantes et son territoire encore largement préservé, elle fait rêver les amateurs de canot-camping et d’expéditions en eau vive. Dans cet article, Guillaume Rivest, guide, aventurier et auteur, vous fait découvrir cette rivière mythique à travers le récit de sa première descente.
Cet article a été écrit en collaboration avec Guillaume Rivest et Hooké.
Suivez Guillaume Rivest dans son aventure :
Il s’agit de l’un de ces matins d’août. Le soleil commence à percer la brume qui danse lentement au-dessus de la rivière. Pas de vent, le calme plat. Un achigan saute hors de l’eau dans un « splash » bien sonore. J’ai une petite pensée : « Repose en paix, mouche au mauvais endroit, au mauvais moment ». Un peu plus loin, les canots bien alignés attendent patiemment d’être remis à l’eau. Le grondement sourd du rapide à proximité me rappelle que bientôt, l’adrénaline remplacera bien assez vite la caféine qui s’installe dans mes veines tranquillement. Chaque chose en son temps. Pour l’instant, je savoure mon café en contemplant le lent spectacle que m’offre cette nature extraordinaire de la rivière Dumoine. Mes ami(e)s bougent en silence ou sont assis comme moi, le regard fixé sans rien dire comme pour respecter l’aspect sacré du moment. Personne ne veut troubler la « sainte paix » qui s’est établie durant cette matinée parfaite.

Photo : France Lemire
Située entre le Témiscamingue et l’Outaouais, la rivière Dumoine fait partie des destinations incontournables pour les passionnés de canot au Québec.
Il s’agit alors de ma première descente de cette rivière mythique offrant une combinaison unique de rapides techniques, de paysages sauvages et d’histoire. J’en avais entendu parler un nombre incalculable de fois. Pour certains, c’était l’objectif d’une vie. Pour d’autres, un lieu quasi intangible existant entre ce qu’on considère comme sauvage et l’accessible.
Cette impression prend tout son sens lorsqu’on s’attarde à son parcours. La Dumoine marque la frontière entre le Témiscamingue et l’Outaouais. Elle prend sa source dans la réserve faunique La Vérendrye et coule sur 150 km jusqu’à la rivière des Outaouais. C’est la dernière grande rivière sauvage de la vallée de l’Outaouais. La seule sans aucun barrage pour altérer son débit.

Photo : Matthieu Dupuis
La rivière Dumoine est réputée pour ses nombreux rapides et ses longues sections d’eau vive. Je savais, avant même d’y déposer mon canot, qu’elle ne se laisserait pas descendre sans une certaine maîtrise technique. Si quelques tronçons demeurent accessibles, d’autres exigent de lire rapidement la rivière, d’anticiper ses mouvements et de prendre les bonnes décisions au bon moment.
Autrement dit, cette rivière n’est pas pour les débutants.
Au moment de notre mise à l’eau, j’ai vite compris à quel point c’était vrai.
Le point de départ le plus populaire se trouve au kilomètre 64 de la rivière. Il est accessible par un vieux chemin forestier.
Nous arrivons à cet endroit au début de l’après-midi. La mise à l’eau se fait directement dans un rapide de classe II qui fait près de 200 mètres de long.
J’ai confiance en mes acolytes, donc nous nous élançons sans trop de préambule.
Le lit de la rivière zigzague de gauche à droite.
Dans le premier coude, en plein rapide, j’observe avec stupéfaction la moitié d’un canot perché dans les cèdres quelques mètres au-dessus de l’eau. Probablement transporté en hauteur par une crue, il s’agit sans doute des vestiges d’une expédition qui a mal tourné.
L’avertissement est sans équivoque : si vous n’avez pas les compétences, ne vous aventurez pas sur cette rivière.
Avant de partir, j’avais compté environ 60 rapides sur le parcours variant entre très faciles et infranchissables. Certains s’étendent sur plusieurs centaines de mètres, laissant peu de repos aux canoteurs.
Bref, l’expérience est un atout.

Photo : France Lemire
Au-delà des rapides, c’est surtout le caractère des lieux qui m’a marqué. À mesure que la descente avançait, les paysages semblaient gagner en ampleur et l’isolement devenait presque palpable. La Dumoine donne constamment l’impression de progresser dans une nature encore intacte, à la fois magnifique et indomptée. C’est sans doute cet équilibre entre beauté brute et véritable sentiment de dépaysement qui nourrit sa réputation.
En finissant mon café, je me remémore les discussions que j’ai eues concernant cette rivière. La Dumoine, me disait-on, était l’une des plus belles du Québec. Des falaises, des forêts anciennes, de l’eau claire et le sentiment d’être seul au monde. Elle aurait été l’une des préférées du documentariste et légendaire canoteur Bill Mason, qui la descendait chaque année. Ce matin-là, j’ai trouvé facile de comprendre pourquoi. En pleine contemplation dans le silence absolu d’un lever de soleil qui se déploie dans toutes ses couleurs, une buse à queue rousse vient briser le silence avec son majestueux cri. Celui-là même qu’on utilise dans les films américains pour remplacer le glatissement plutôt laid du pygargue à tête blanche. Le moment pouvait difficilement être plus parfait et l’oiseau, sans le vouloir, vient de nous donner le signal du départ pour cette deuxième journée.
Tout au long de la journée, les rapides se succèdent les uns après les autres. Certains se descendent à vue, d’autres exigent que nous allions les repérer depuis les rives pour identifier les passages les plus évidents. Notre ami, la Buse, nous suivra une bonne partie de la journée. En fin d’après-midi, nous terminons une section d’eau vive plutôt complexe et technique; nous débouchons sur une petite étendue d’eau calme entourée de falaise. Le nid de l’oiseau de proie se trouve clairement près de cet endroit, et comme pour nous souhaiter bonne chance, celui-ci nous lâche un dernier cri qui fait écho dans toute la vallée. Grand sourire, nous apprécions tous le spectacle majestueux.
Le soir venu, nous trouvons un endroit pour nous poser qui pourrait difficilement être plus beau. En plein milieu du plus long portage, un site de campement majestueux s’offre à nous directement en bordure d’un rapide de classe 5. Je constate alors qu’un des problèmes avec la Dumoine, c’est que chaque site où camper m’appelle. Chaque endroit a sa particularité qui me donne invariablement le goût d’y passer la nuit. Si j’avais eu deux mois pour la descendre, j’aurais pu me laisser tenter.
À l’endroit choisi, le paysage est imprenable. Au bord d’un feu de camp, nous mangeons en silence pendant que le soleil se couche tranquillement. Perdu dans mes pensées, je regarde les flammes danser. Je pense aux centaines de milliers de personnes qui ont descendu cette rivière sur des milliers d’années. D’une certaine façon, j’aime imaginer que je partage avec eux cette appréciation sincère pour le territoire. J’aime imaginer qu’il y a 5 000 ans, un Anishnabe a posé le même regard impressionné sur l’immense falaise de 150 mètres en fin de parcours. Bref, j’aime imaginer que parcourir le territoire est une façon concrète de me connecter avec ceux qui m’ont précédé.
Rétrospectivement, la rivière Dumoine ne m’aura pas déçu. Elle était assurément d’une beauté frappante et singulière. Est-ce la plus belle rivière du Québec? Bonne question, il me faudra parcourir les 15 000 autres ruisseaux et rivières pour le déterminer, ou encore les 3,5 millions de plans d’eau du Québec. Chose sûre, le passé et le présent de notre province sont intimement liés à ses voies navigables et pour apprécier et explorer notre territoire, il y a difficilement mieux que le canot.

Photo : France Lemire
Si la rivière Dumoine offre une expérience exceptionnelle, elle demande aussi une préparation sérieuse. Voici les principaux conseils que je donnerais à toute personne souhaitant entreprendre une descente de cette rivière ou d’une autre rivière sportive au Québec.
Formez-vous! Suivre une formation reconnue par Canot-Kayak Québec est sans doute le meilleur conseil que je peux donner ici. En plus d’être amusant (pour de vrai, là), être encadré par un professionnel permet de progresser beaucoup plus rapidement que par essais-erreurs. C’est aussi la façon la plus efficace de progresser en eau vive pour être en mesure d’être autonome sur une rivière technique comme la Dumoine. Les formations vous apprendront à reconnaître les risques présents sur votre parcours, ce qui est sans doute l’une des compétences à avoir pour un canoteur.
Rien ne remplace l’expérience. L’expérience vous permet de bien vous connaître comme pagayeur, mais aussi comme campeur. Plus vous dormirez dehors, plus vous aurez pagayé, plus vous serez apte à savoir ce qui vous est accessible, mais aussi ce qui vous met à risque.
Un éléphant se mange une bouchée à la fois. Commencez par de petites sorties, et lorsque vous serez à l’aise, augmentez lentement la durée et la difficulté de vos expéditions.
Lorsqu’on descend une rivière qu’on ne connaît pas, il est toujours pertinent de prévoir plus de temps que nécessaire. Le repérage de certains rapides peut s’avérer plus long que prévu, les portages peuvent être mal entretenus, etc.
Après, qui dirait non à quelques nuits supplémentaires sur une rivière de rêve?
Sur une rivière sportive, pensez au portage. Ultimement, tous les rapides, ou presque, peuvent être portagés. Sauf que si vous avez beaucoup de matériel mal organisé, l’expérience peut devenir un calvaire assez rapidement.
Pour transporter votre matériel, optez pour des grands sacs étanches ou des barils avec harnais de portage. À l’intérieur de ceux-ci, organisez votre matériel dans différents petits sacs. Il est plus facile de porter un grand sac qui en contient 10 petits que 10 petits sacs éparpillés un peu partout.
Pensez par repas. Une des erreurs les plus fréquentes que j’observe chez les débutants qui commencent à organiser des expéditions plus longues, c’est la peur irrationnelle de manquer de nourriture. Pour éviter d’amener trop de nourriture (que vous traînerez dans vos portages et gaspillerez peut-être), faites-vous un menu complet de vos repas, faites une liste d’épicerie complète et, surtout, respectez-la!
Restez réaliste également dans vos quantités par personne. Oui, les gens mangent généralement plus en expédition, mais il serait surprenant que quelqu’un qui mange un demi-bagel chaque matin se mette soudainement à en manger trois complets.
Autre petit truc, j’organise mes repas par sac. Exemple : un sac peut contenir tous les ingrédients du déjeuner, du dîner et du souper du jour 1. Cela me permet d’éviter de vider complètement mon baril de nourriture à la recherche des épices du premier souper.
Anticipez l’imprévu. La loi de Murphy dicte que tout ce qui peut mal aller va finir par mal aller. Parfois, tout arrive en même temps. Le moyen de communication lâche au moment où quelqu’un se blesse sérieusement.
Pour toutes vos sorties en plein air, le concept de « l’ange-gardien » peut sauver des vies. Essentiellement, il s’agit d’une personne qui va savoir où vous êtes, avec qui vous allez communiquer chaque jour à une heure précise. Cette personne sera responsable d’appeler les secours pour vous si elle n’a plus de nouvelles dans un délai raisonnable.
Pour toutes sorties, même les plus courtes, traînez toujours une « petite trousse au cas où ».
Lors de chaque sortie, j’amène toujours une trousse de premiers soins, un outil de communication fiable, quelque chose pour partir un feu, une bouteille d’eau, une collation, une petite serviette en microfibre et des vêtements d’urgence (un poncho et un kit de combines, essentiellement). Je place le tout dans un sac étanche. Tout ceci entre dans un sac d’environ 15 litres, ce qui est, somme toute, petit, mais peut faire une réelle différence en cas d’urgence.